Une forêt de pins dans la campagne normande et au milieu un trio de femmes parties à la rencontre d’elfes, gnomes, licornes et autres « êtres de la nature »… Le décor pour ce qui pourrait s’apparenter au début d’un conte ou voyage initiatique, est posé.
Sauf que nous ne sommes ni dans un roman fantasy ni dans un jeu de rôle. Mais bien dans une formation professionnelle, potentiellement financée par des fonds publics. Au cœur du sujet de ce numéro de « Complément d’enquête » diffusé sur France 2 début avril, les dérives d’un système. Celui de la formation professionnelle censée favoriser le retour à l’emploi mais qui laisse encore passer des offres… pour le moins irréelles.
Des formations “controversées” financées sur fonds publics
Le problème ne tient pas seulement à quelques cas isolés. Il s’inscrit dans une zone grise du système du Compte personnel de formation.
En théorie, seules les formations certifiantes ou qualifiantes, des organismes certifiés Qualiopi, répondant aux besoins du marché du travail, sont éligibles.
Mais seulement voilà : dans les faits, le secteur du “bien-être” et du “développement personnel” sert souvent de porte d’entrée à des offres difficilement évaluables. Des formations relevant de « l’ésotérisme », portées par des « gourous » peuvent ainsi passer entre les mailles du filet.
Un angle mort du CPF : le bien-être et ses dérives
Ce flou est d’autant plus problématique qu’il répond à une demande croissante. De plus en plus de Français cherchent à se reconvertir dans ces métiers alternatifs, transformant des pratiques personnelles en activités professionnelles.
10 formations controversées repérées sur le CPF
1. Rencontrer des elfes, gnomes ou licornes
2. Communication avec les animaux
3. Formation en magnétisme “énergétique”
4. Géobiologie “énergétique”
5. Lecture des annales akashiques
6. Formation de “thérapeute en vies antérieures”
7. Radiesthésie (pendule)
8. “Nettoyage énergétique” des personnes ou lieux
9. Coaching spirituel ou “éveil de conscience”
10. Formation de “guérisseur holistique”
Comment ces formations passent-elles les contrôles ?
Plusieurs facteurs structurels l’expliquent. En premier lieu, l’offre pléthorique. Le secteur de la formation professionnelle reste, en effet, extrêmement fragmenté. L’État, les régions et France Travail financent 200 à 300 000 formations chaque année avec au cœur du dispositif des dizaines de milliers d’organismes. Cette dispersion complique les contrôles a priori, et les offres peu qualitatives subsistent.
Egalement utilisés pour contourner les critères CPF :
- des certifications “coquilles vides”
- le rattachement à des compétences transversales (coaching, bien-être).
Des critères longtemps permissifs et La difficulté d’évaluer certains contenus
Autre écueil : des conditions d’accès au référencement relativement souples, du moins avant les réformes récentes. Ce ‘trou d’air’ a facilité l’entrée d’acteurs peu qualifiés sur la plateforme.. Des milliers d’organismes opportunistes ont adapté leur offre pour capter les financements publics. Quitte à proposer des contenus peu pertinents pour l’emploi ou difficilement évaluables comme ces formations en “énergies” ou en “connexion au vivant”.
Enfin, cette difficulté à évaluer objectivement ce type de formation contrairement à des stages en comptabilité ou en informatique complique les contrôles. Quand elle ne les rend pas inopérants.
Un ménage engagé… mais encore incomplet
Face aux dérives, les pouvoirs publics ont commencé à resserrer la vis. Depuis 2021, les critères de référencement et de financement ont été durcis. Même si l’objectif visé, la disparition des formations fantaisistes et l’adéquation de l’offre sur les besoins du marché du travail, reste d’actualité.
(*) Avant la réforme, le système reposait sur une logique déclarative difficile à contrôler à grande échelle. Depuis les contrôles renforcés, la plupart de ces formations ont été radiées de la plateforme. Mais certains stages peuvent utiliser des intitulés ‘plus professionnels’ pour rester éligibles.



















