Épisode 2-Eric Selter n’est encore qu’un lycéen mais il a retenu les leçons de son père : rester humble, se rendre aux entraînements coûte que coûte. Défier les caprices météorologiques, se lever à l’aube, veiller tard. De son endurance, dépend aussi son avenir.
Soigner sa réputation, une question de survie
« J’ai démarré dans la course amateure, vraiment en pensant que c’est ce que j’allais faire de ma vie. J’étais déterminé à ne faire que ça, c’était ma passion. Je n’ai pas fait d’études ; je n’ai même pas eu le bac. Toute mon énergie je l’ai donnée dans mon sport. »
Il comprend aussi l’importance du réseautage : établir le contact avec les entraîneurs et les propriétaires devient un réflexe. Soigner sa réputation une question de survie. C’est la condition sine qua non pour « convaincre les propriétaires de vous mettre sur leur cheval et de monter des gagnants ».
Son rêve semble à portée de main. Il monte en plat, excelle en saut d’obstacles. Il travaille son style comme un professionnel. Sa posture à cheval, casque vissé sur sa tête, bottes cirées, son allure filiforme maintenue au prix d’un régime alimentaire strict… aucun détail n’est laissé au hasard. « Je pouvais perdre entre trois et six kilos par semaine. Comment ? En éliminant certains aliments et en passant beaucoup de temps à la salle de sport. En faisant de la muscu, du footing, en allant transpirer au sauna, avec des bains chauds… C’était une discipline extrême. »
La vie de palace…mais sans salaire
Pendant vingt ans, Eric adopte cette vie d’ascète, comme l’athlète de haut niveau qu’il est devenu. Il s’impose un rythme de 100 compétitions par an. Avec « 70 % de son temps consacré aux courses, aux séances d’entraînement, à la musculation ». Sans compter trois à quatre jours de cures drastiques pour passer le test de la pesée (comme les boxeurs) mais aussi pour être léger et faire corps avec le cheval.
Et les résultats suivent. Eric remporte des courses parmi les plus prestigieuses à Auteuil, Chantilly, Longchamp, Deauville. Les premières d’une longue série.

La vie de champion n’est pas faite que de sacrifices. Ce sont aussi les voyages dans le monde entier, parfois en première classe, les palaces, les invitations à des évènements mondains, des rencontres avec des peoples en vue. « Peu de métiers permettent de vivre ce type d’expérience. Pour avoir l’équivalent, il faut avoir un sacré job ! S’enthousiasme t-il. J’ai fait beaucoup de voyages. En Allemagne, en République tchèque, dans toute l’Europe en fait, aux Etats Unis, à Madagascar. C’est une expérience de vie incroyable. »
Cette adrénaline, Eric ne peut plus s’en passer. Mais seulement voilà, le circuit amateur ne paie pas. Certes les courses, les équipements, les billets d’avions, les nuits d’hôtels, les notes de restaurants sont offerts par les sponsors. Mais Eric ne perçoit aucun revenu. La question devient d’autant plus cruciale, que le sportif est désormais marié et père de famille.
« J’ai été journaliste hippique, c’était catastrophique ! »
« Les courses me prenaient 70 % de mon temps. Il fallait que je trouve une activité professionnelle qui me permette d’assouvir ma passion. Or aucun employeur ne pouvait accepter de subir ou d’intégrer les contraintes liées à mon emploi du temps.
Autour de moi, on me disait de suivre mon instinct. ‘Je verrais bien où ça me mènerait’. De toute façon, je n’avais aucune formation, je n’avais rien à perdre.
Alors j’ai pris tout ce qui tombait sous la main. J’ai vendu des fleurs dans la rue. A un moment, j’ai essayé de travailler dans mon environnement, de profiter de mes contacts. Et c’est comme ça que j’ai vendu des assurances de chevaux ! C’était catastrophique ! J’ai été journaliste hippique et c’était encore pire ! J’étais nul à l’école, nul en Français ! J’aurais dû me douter que ça ne marcherait pas. Cette période de petits boulots a duré 8 ans. Jusqu’à ce que je réalise que le job idéal se trouvait à ma portée. Il fallait juste que j’ouvre les yeux »
La suite dans l’épisode 3 ce mardi.



















