Participation obligatoire portée à 150 euros, plafond de 1 500 euros pour les formations du Répertoire spécifique… Le compte personnel de formation est devenu plus difficile à mobiliser. Si l’État revendique une meilleure maîtrise des dépenses et un recentrage vers les formations les plus utiles à l’emploi, certains bénéficiaires et organismes de formation redoutent, eux, un effet dissuasif. Le secteur des langues, particulièrement exposé, commence à en mesurer les conséquences.
« C’est devenu tellement restrictif… À croire que le gouvernement cherche à tuer le CPF et notre profession par la même occasion ! »
Dans son centre de formation linguistique, cette directrice voit les règles changer à un rythme qu’elle juge difficile à suivre. Depuis 2024, le compte personnel de formation a effectivement connu plusieurs coups de rabot. D’abord, une participation financière obligatoire de 100 euros a été instaurée le 2 mai 2024. Indexée sur l’inflation, elle est passée à 102,23 euros en 2025. Depuis le 1er avril 2026, elle s’élève désormais à 150 euros.
Puis est venu un nouveau changement, beaucoup plus sensible dans ce secteur. Depuis le 26 février 2026, les formations préparant à une certification inscrite au Répertoire spécifique sont soumises à un plafond de mobilisation de 1 500 euros. Les certifications de langues font partie de cette catégorie, au même titre que certaines certifications informatiques ou habilitations professionnelles. À l’inverse, une formation préparant à une certification inscrite au RNCP peut toujours être financée par le CPF sans ce plafond.
Les langues, parmi les premières victimes ?

« À chaque réforme, ils serrent un peu plus la vis », poursuit la directrice. Elle décrit des clients qui arrivent avec plusieurs milliers d’euros disponibles sur leur CPF, convaincus qu’ils vont pouvoir financer un parcours complet, avant de découvrir que leur certification est désormais soumise au plafond de 1 500 euros.
Son exemple est parlant. Selon elle, une progression significative en anglais nécessite souvent un parcours d’environ 50 heures, pour un budget pouvant atteindre 4 500 euros dans son centre. Avec le nouveau plafond, explique-t-elle, « un tel parcours ne peut plus être financé en une seule fois par le CPF ». Il suppose de fractionner la formation en plusieurs actions éligibles, avec, à chaque nouvelle souscription, une participation financière obligatoire de 150 euros. « Même si vous disposez de 4500 euros sur votre compte, vous devrez vous inscrire 3 fois pour pouvoir utiliser vos fonds. Et payer de votre poche 150 euros à chaque fois. Soit 450 euros en plus des 4500 euros ! C’est vraiment démotivant. Pas étonnant que nos clients se désistent. Le nombre d’inscriptions a chuté. Ils sont en train de tuer une filière ! ».
Une certitude : dans l’esprit des législateurs, le CPF ne correspond plus nécessairement une enveloppe que l’on peut utiliser librement jusqu’à épuisement de ses droits. Pour les formations du Répertoire spécifique, l’utilisation des droits est désormais plafonnée à 1 500 euros par action. Le salarié peut toutefois recourir à des financements complémentaires, notamment de son employeur ou de son OPCO.
De fait, les chiffres montrent que le CPF amorce déjà une baisse. En 2025, 1,226 million de formations ont débuté avec le CPF, soit 11 % de moins qu’en 2024. Le nombre de personnes ayant mobilisé leur compte a lui aussi diminué de 10 %. Selon la Dares (*), la participation financière obligatoire instaurée en 2024 serait bien un des principaux responsables de cette baisse.
Le premier gagnant : les finances publiques
Derrière cette succession de restrictions, se cache une volonté assumée du législateur : un CPF moins généreux mais plus soutenable financièrement.
Le Sénat estime que l’ensemble des réformes en œuvre depuis 2024 (participation obligatoire, plafonnement, restrictions sur les permis de conduire ) pourrait représenter près de 949 millions d’euros d’économies. À elle seule, la limitation des droits mobilisables pour le Répertoire spécifique et les bilans de compétences est estimée à 410 millions d’euros d’impact budgétaire annuel. Dont environ 350 millions pour le Répertoire spécifique.
Le gouvernement assume donc un CPF moins généreux dans son utilisation, mais présenté comme plus soutenable financièrement.
Les demandeurs d’emploi mieux protégés
Dans ce nouveau paysage, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne.
Exonérés de la participation financière obligatoire de 150 euros, les demandeurs d’emploi font figure de privilégiés. Autre avantage : la possibilité de mobiliser leur CPF sans plafonnement.
Concernant les salariés, force est de constater que les cofinancements restent encore peu développés. Ceux dont la formation fait l’objet d’un abondement de l’employeur ou d’un OPCO peuvent cependant aussi échapper au reste à charge.
Les formations longues sous pression
Selon les professionnels du secteur, la mise en place d’un plafonnement uniforme favorise le développement de formations « low cost » . Autrement dit, la part de programmes moins chers mais aussi moins qualitatifs pourrait augmenter au détriment de formations plus longues ou plus qualitatives. Même s’ils offrent une certification identique sur le papier.
Les formations professionnelles certifiantes tirent leur épingle du jeu
Pour ces formations, le plafond de 1 500 euros ne s’applique pas. Le gouvernement maintient ainsi une distinction nette entre les certifications professionnelles enregistrées au RNCP et les certifications du Répertoire spécifique.
Les premières correspondent notamment à des diplômes et titres préparant à un métier. Les secondes valident des compétences complémentaires, comme les langues ou certaines compétences informatiques.
Le message envoyé au public est donc assez clair : le CPF doit prioritairement servir à renforcer l’employabilité.
Mais cette orientation comporte un risque. « Le législateur semble ignorer qu’une compétence linguistique par exemple peut être déterminante pour accéder à certains emplois. Ou même évoluer dans une entreprise ou changer de métier » résume la directrice de centre.
(*) Direction de l’Animation de la recherche, des Études et des Statistiques




















