Dans les pas d’Anne Sophie M., 50 ans dont 10 passées comme responsable RH, qui partage au jour le jour son expérience d’outplacement dans un cabinet parisien après son licenciement.
Plus qu’un lot de consolation offert par un employeur cherchant à se donner bonne conscience après un licenciement, l’outplacement ou reclassement externe du salarié est souvent présenté comme un accélérateur de retour à l’emploi. Ce que semble confirmer le Syntec(*). 80% des cadres retrouveraient en effet, un poste dans les 12 mois. Mais qu’en est-il vraiment ? Est-ce vraiment une solution miracle ? Plongée dans dix jours d’accompagnement avec Anne Sophie V, 50 ans dont 10 passés aux ressources humaines d’un géant de l’automobile. Entre espoirs, désillusions et réalités du reclassement.
Outplacement : une lueur d’espoir
Quatre jours. C’est le temps qu’il m’a fallu pour réaliser que mon badge ne fonctionnerait plus jamais, et que mon adresse mail d’entreprise n’était plus qu’un souvenir. Quelques semaines plus tôt, je préparais encore la réunion du comité de direction. Puis la sentence est tombée. Après des mois de rumeurs, l’entreprise annonce finalement son plan de réorganisation avec à la clé « la suppression d’une cinquantaine de postes». Dont le mien. Je n’ai plus de bureau. Je ne fais plus partie des effectifs.
A 50 ans, malgré mes contacts, malgré mon expérience, mes chances de retrouver un emploi à la hauteur de mes compétences sont minces. Et l’idée de devoir repartir à zéro, peut-être déménager ou changer complètement de métier, m’angoisse terriblement. Mais dans mon dossier, un mot, hormis mon chèque de départ, éveille une lueur d’espoir : outplacement. Autrement dit, je ne serai pas seule dans ma quête. Je vais être coachée par un consultant dédié qui me donnera les clés pour me permettre de rebondir. Un ‘cadeau’ de mon ex employeur. Au menu : accompagnement personnalisé, bilan de compétences, CV remis à neuf, stratégie de recherche, simulations d’entretien. Six mois, peut-être moins si j’ai la chance de retrouver un poste. Sur le papier, cela semble prometteur.
Le choc du vide
Le premier rendez-vous a lieu dans le bureau assez informel d’un immeuble art déco situé sur une artère bondée de la capitale. Je me plie à l’exercice convenu : je déroule mon CV, en insistant sur les dernières années, à la demande de mon coach. Il a de la bouteille, il connaît mon secteur : je me sens en confiance. Pourtant à la question : « et maintenant, que voulez-vous faire ? », je bafouille, cherche mes mots. Ce qui semble être la règle comme je l’apprendrai plus tard. En effet, contrairement à ce que j’imaginais, l’acceptation de ce vide marque souvent le début du processus engagé.
Nous alternons entre rendez-vous en ligne et dans son bureau selon le programme du jour. Aujourd’hui, je suis confortablement installée dans mon salon. On parle de mes compétences, de mes motivations, de ce qui me démotive aussi. On aborde tous les sujets : salaire, formation, mobilité. Je découvre que mon ancien titre me définissait plus que je ne le pensais. Une reconversion totale : je ne l’envisage pas. Mais je commence à me faire à l’idée de travailler en freelance. D’après mon coach et aussi les statistiques, j’ai à mon âge, beaucoup plus de chances de rebondir en effectuant des missions de conseil ou du management de transition.
Briser l’isolement
On s’attaque au CV mais sans le refaire de fond en comble. Le contenu, la forme… Tout est passé au crible. On rentre dans le détail : mes expériences sont listées, mais où sont les résultats ? Je dois revoir ma copie, détailler les projets sur lesquels j’ai travaillé, le nombre de candidats que j’ai recrutés, leur profils, etc. Mon coach me pousse à creuser, à formuler et mettre en avant mes réussites. Car il y en a, même si j’ai plutôt un sentiment d’échec depuis mon licenciement. Ce travail d’introspection prend du temps.
Ce matin, le mot « réseau » revient en boucle. J’ai 1 800 contacts LinkedIn, mais qui appeler ? Le consultant me propose de commencer par cinq personnes, non pas pour demander un emploi, mais pour échanger. L’exercice est plus difficile qu’il n’y paraît. Envoyer un CV à une entreprise inconnue est impersonnel. Contacter un ancien collègue, c’est admettre qu’on est vulnérable. Pourtant, c’est souvent ce qui brise l’isolement et remet en mouvement.
8 mois pour rebondir
Je demande si j’ai vraiment des chances de retrouver un poste dans les RH à mon âge et dans combien de temps. Mon coach y croit. « Avec votre profil, c’est sûr, ça va marcher, mais ça peut prendre du temps », concède t-il. Mon plan B me rassure un peu : il y a un marché pour les RH freelance, même quinquas. Globalement, il faut huit mois pour rebondir. Une éternité quand on vient de perdre son emploi.
La semaine est passée plus vite que je ne l’aurai cru. J’ai commencé à envoyer mon CV, et à réseauter, notamment sur LinkedIn. On s’imagine à tord que l’outplacement est un ‘service clé en main’. C’est faux. Le coach n’est un chasseur ne tête inversé : il ne postule pas à votre place, ne contacte pas les recruteurs, ne passe pas les entretiens pour vous. Il faut se bouger. Parfois je me dis que j’aurais pu facilement trouver moi même en ligne certains de ses conseils prodigués. Tout dépend de la qualité du coach. Le mien, et c’est une certitude, m’aide à garder le moral.
Jour 10 : le bilan
Bilan des courses dix jours plus tard : une dizaine de candidatures spontanées ou en réponse à des annonces et zéro réponse (c’est peut-être encore un peu tôt). Mais j’ai deux rendez-vous dans les prochaines semaines grâce à des contact LinkedIn.
Certes, je n’ai pas (encore) retrouvé d’emploi mais j’ai des pistes et mieux, une stratégie. Je ne me fais pas d’illusion : j’aurai d’autres candidatures sans réponse, des entretiens ratés, des recruteurs qui me trouvent « surdimensionnée. Mais je suis positive.
(*) Syntec conseil : syndicat professionnel représentatif des sociétés de conseil en France





















