Ils apparaissent entre deux vidéos, au détour d’un carrousel, ou dans une story sur les réseaux. Leur but : vendre des formations à plusieurs centaines — parfois plusieurs milliers — d’euros. Comment ? En filmant leur réussite entre deux cafés lattés, et surtout en promettant des ‘reconversions éclairs’, des ‘revenus passifs en quelques semaines’ ou des ‘carrières sans diplôme.’
Depuis quelques années, une nouvelle génération d’acteurs bouscule le marché de la formation professionnelle : les influenceurs-formateurs. Une révolution en douceur — pour l’instant — , qui séduit une fraction du public… mais qui pourrait inquiéter les professionnels du secteur.
Les nouveaux visages de la formation
Yomi, Yann, Caroline, Camille… Leurs noms mais aussi leurs visages sont devenus familiers de la blogosphère. Il suffit d’ouvrir TikTok, YouTube ou LinkedIn pour tomber sur eux. Yomi vante les mérites du dropshipping, Théophile promet des revenus passifs, tandis que Caroline partage ses conseils et stratégies marketing. Après des débuts comme créateurs de contenu, tous revendiquent aujourd’hui le statut de formateurs.
Leur force hormis les réseaux sociaux qui constituent leur terrain de jeu privilégié ? Une capacité à capter l’attention et à transformer une audience en clients. Leur promesse ? Apprendre vite, gagner vite, changer de vie.
Des codes qui bousculent les organismes traditionnels
Face à eux, des professionnels de la formation« classique », qui semblent jouer avec des règles d’un autre temps. Entre certifications obligatoires (Qualiopi, RNCP) , contrôles qualité, programmes longs, démarches administratives, débouchés parfois incertains… Là où les influenceurs peuvent lancer une formation en quelques jours, ajuster leurs prix, tester des offres, un discours « je l’ai fait, tu peux le faire »… Le contraste est saisissant. “On ne peut pas rivaliser avec quelqu’un qui vend une formation à 2 000 € sans structure, sans certification, à un public à qui il peut raconter n’importe quoi. Promettre un salaire de 10 000 euros avec un stage de 3 mois, sans diplôme requis car il n’est confronté à aucun contrôle.” Résume un responsable d’organisme, pointant des règles de jeu inégales.
Une certitude, malgré l’absence d’études faute de recul suffisant pour évaluer le phénomène : ces slogans affichés par ces nouveaux concurrents attirent des candidats en quête de reconversion rapide. Mais la réalité est plus nuancée : taux d’abandon élevé, marché saturé, résultats très variables.
Sur les réseaux, certains professionnels tirent la sonnette d’alarme
En attestent ces témoignages de cadres employés dans la formation dénoncant une saturation artificielle de métiers très en vogue dans l’informatique ou le numérique. “Des influenceurs lancent des formations PowerBI, data science ou data engineer. Le marché est déjà bouché, mais ils continuent de dire que ça recrute. Résultat : on envoie les gens au casse-pipe.” dénonce un formateur. “Quand on forme des milliers de personnes sur une techno de niche, les salaires chutent. Le but d’une formation, c’est de répondre à une tension du marché, pas de créer une bulle.”
D’autres rappellent que la formation est une activité réglementée : “La plupart des influenceurs ne savent même pas qu’il faut un numéro formateur ou un bilan pédagogique et financier. Tant qu’il n’y a pas de financement public, personne ne contrôle… mais ça pourrait changer.”
Vers une régulation ?
Tous les influenceurs ne se valent pas. Reste que le public manque encore d’outils pour distinguer les vrais experts expérimentés utilisant la formation comme prolongement naturel d’un solide bagage. Et les ‘vendeurs de rêve’ épinglés pour leurs dérives. Dans la finance notamment, certains influenceurs formateurs tentent de démocratiser des sujets complexes… avec plus ou moins de rigueur. De quoi attirer l’attention des pouvoirs publics qui commencent à suivre de près le phénomène. Parmi les cibles passées à la loupe : le secteur de la finance précisément, les influenceurs non déclarés, les abus en matière de reconversion rapide et autres fausses promesses.
Concurrence déloyale… ou transformation inévitable ?
Réduire le phénomène à une dérive serait trop simple. Le succès des influenceurs révèle aussi les limites du système traditionnel. Entre formations trop théoriques, manque d’accessibilité ou de communication. De toute évidence, les influenceurs imposent de nouveaux codes.



















