« J’ai commencé la clarinette vers 9 ans. Mes parents m’avaient emmenée voir un concert – c’était le concerto pour clarinette de Mozart. J’ai eu un coup de foudre immédiat. Je me suis dit que je voulais apprendre à jouer de cet instrument. »
11 ans plus tard, un premier prix et une licence de musicologie en poche, l’ancienne apprentie décide de passer de l’autre côté en devenant elle-même professeur de musique.
« C’était une évidence pour moi. J’ai toujours aimé transmettre. Voir les élèves progresser, leur donner confiance, partager ma passion… c’était vraiment ce qui me faisait vibrer. Avec le temps, j’ai acquis des responsabilités. Je suis devenue coordinatrice puis responsable de centre. En plus des cours, j’animais des réunions, je gérais des plannings et des projets avec d’autres professionnels. »
L’histoire d’amour dure vingt ans. Jusqu’à ce qu’à la crise du covid.
« La musique, c’est du lien humain. Les cours en visio, j’ai très mal vécu cette période. »
« Tous les cours étaient donnés en visio et j’ai très mal vécu cette période. La musique, pour moi, c’est du lien humain, de la présence, de l’échange. Derrière un écran, je ne retrouvais plus du tout ça. Ils voulaient tout uniformiser sans tenir compte des spécificités de chaque établissement. Le projet allait vers quelque chose de plus élitiste et je ne m’y retrouvais plus du tout. Je ne trouvais plus de sens dans ce que je faisais. »
Incapable de se projeter à plus long terme dans son métier, Céline songe à démissionner. Mais à 45 ans, l’idée d’une reconversion lui semble vertigineuse.
« Quand on a fait le même métier pendant vingt ans, il n’est pas facile de savoir quoi faire d’autre. On pense qu’on ne sait faire que ça. Je ne savais pas encore si ce passage à vide serait passager ou définitif. Je crois que j’avais surtout besoin de souffler et de réfléchir. »
Commence alors une période d’incertitude et de remise en question pour la quadragénaire. Avisée, celle-ci se met en disponibilité, comme le lui permet son statut dans la fonction publique. Le temps de mûrir son projet en toute sécurité. En cas d’échec, l’enseignante sait qu’elle peut reprendre son poste.
« Quand on a fait le même métier pendant vingt ans, On pense qu’on ne sait faire que ça. »
« Je tâtonnais… Je ne répondais qu’à des annonces dans l’enseignement parce que c’est ce que je connaissais et que ça me rassurait. Et puis j’ai trouvé un poste de secrétaire pédagogique dans une école privée. Ça m’a permis de voir que j’étais capable de m’adapter à un nouvel environnement, avec un autre fonctionnement. Je m’y plaisais bien, mais au fond je sentais que ce n’était pas encore ma place.
Quelques mois plus tard, on m’a proposé de devenir AESH, accompagnante d’élèves en situation de handicap, dans un collège. J’ai tout de suite aimé travailler avec ces enfants. Mon rôle, c’était de les accompagner, de reformuler les consignes, d’adapter les explications à leurs besoins. Mais le salaire était très bas. C’était difficile de se projeter sur le long terme. »
Une expérience en ‘séjour adapté’ pour personnes en situation de handicap, fait taire ses dernières réticences et la convainc qu’elle est sur la bonne voie.
« Là, ça a été une révélation. Je me suis sentie à ma place immédiatement. Je me suis sentie plus proche de ce public adulte. Les handicaps étaient parfois plus importants, donc l’accompagnement était plus profond. Et puis, on partageait la vie quotidienne : les levers, les repas, les sorties.
Pour la première fois depuis longtemps, je retrouvais du sens. Ce qui m’attirait, c’était le contact humain, la relation à l’autre, le fait d’aider et de me sentir utile. Là, je me suis vraiment dit : “C’est ça que je veux faire.” »
« Je ne me voyais pas refaire 3 ans d’école. Avec une VAE* je pouvais faire valoir mes compétences. »
Son projet défini, reste à le concrétiser. Seul hic : Céline n’a pas ni la formation ni le diplôme normalement requis pour devenir travailleuse sociale. Retourner sur les bancs de la fac à 45 ans lui semble impossible.
« Je ne me voyais pas refaire trois ans d’école. À mon âge, repartir dans de longues études, ça me faisait peur.
J’ai commencé à me renseigner en fouillant sur Internet. J’ai vu que je pouvais grâce à une VAE* faire valoir les compétences que j’ai acquises (à travers mes expériences professionnelles), obtenir une reconnaissance et une légitimité.
Mais je me suis quand même lancée, parce que je savais que j’étais faite pour ça. Et un directeur de centre (mon patron aujourd’hui) m’a fait confiance, il y a 2 ans. Voilà comment je me suis retrouvée plongée dans ce métier.
Finalement, beaucoup de compétences acquises dans la musique me servent encore : la pédagogie, les relations humaines, l’adaptabilité, le fait de personnaliser l’accompagnement… Dans la musique comme dans le travail social, on accompagne avant tout des personnes. »
Aux dernières nouvelles, Céline continue à couler des jours heureux dans son nouveau poste d’aide médico-psychologique dans un foyer d’hébergement en région parisienne.
* Validation des Acquis de l’Expérience (VAE).Ce dispositif, créé en 2002, permet d’obtenir un diplôme grâce à son expérience professionnelle ou personnelle, sans forcément reprendre un cursus classique.



















