Épisode 1- Nous l’avons rencontré une première fois sur un chantier, il y a 2 ans. Eric Selter supervisait la réfection d’un appartement au charme haussmannien dans un immeuble en brique du début du 20ème siècle. Ce jour là, un conducteur de travaux d’origine indienne et deux ouvriers écoutaient religieusement ses directives. Une heure plus tard, l’ancien sportif reconverti dans le BTP se rendait à un autre rendez-vous à l’autre bout de la capitale. La journée s’annonçait longue.
Nous le retrouvons fuyant la canicule à l’ombre d’un studio remis à neuf au nord est de la Seine visiblement décontracté, simplement vêtu d’une chemise à carreau et d’un bermuda. Eric n’a rien perdu de son dynamisme ni de sa verve quand il retrace son improbable parcours.
Le rêve fou d’un titi parisien
Hormis son mètre soixante, difficile en effet d’imaginer derrière les échafaudages et autres matériaux de chantier qu’il manie d’ordinaire, l’un des Gentlemen rider, le nom donné au jockey amateur, les plus titrés de France dans les années 90 et 2000.
Prix de France à Auteuil, Georges Courtois à Deauville, Aly Khan à Chantilly, sans compter les Centaures à Longchamps, les Lions, l’Ideville, le Gras savoye… Eric a tout gagné. Aujourd’hui encore, son palmarès à faire pâlir d’envie dans le petit le monde de la course hippique amateure.
Rien pourtant ne prédestinait le petit fils d’immigrants espagnols né sur le bitume parisien loin des écuries et des champs de courses à fréquenter un monde souvent perçu comme élitiste.
« En fait j’ai toujours rêvé d’être jockey, lâche t-il. Ses yeux bruns s’animent d’une nouvelle étincelle à l’évocation de ses souvenirs d’enfant. J’ai toujours baigné dans ce milieu. J’étais fasciné par les courses de chevaux. C’est de famille. Ça remonte à mon grand père qui lui était surtout adepte de PMU. Il a transmis sa passion des chevaux à mon père dont j’ai héritée à mon tour. Quand j’étais petit, ils m’emmenaient tout le temps voir des courses. La question de la vocation ne s’est jamais posée. C’était les chevaux, les chevaux et les chevaux. »
« A 16 ans, j’étais déjà un adulte »
Convaincu d’avoir trouvé sa voie, Eric met tout en œuvre pour devenir jockey amateur comme son père. « J’avais axé mon avenir, toute mon énergie sur cet objectif. (les courses de chevaux). Mais je vivais à Paris, donc c’était pas du tout évident. »
Trouver une écurie pour s’entraîner, décrocher une licence pour pouvoir participer à des courses et des championnats… avec le recul, Eric reconnaît que ces difficultés l’ont aidé à grandir plus vite.
« L’argent n’était pas vraiment le problème. Quand on travaille avec un entraîneur pour le compte d’un propriétaire de chevaux, tout est pris en charge. Il faut inspirer confiance bien sûr pour qu’on te confie des chevaux. J’ai dû apprendre à communiquer, pour me faire connaître des entraîneurs. J’ai vite été repéré car ils cherchent toujours des cavaliers motivés et volontaires pour entraîner et monter leurs chevaux. Plus je montais, plus je m’améliorais et plus je me rapprochais de mon but : participer aux plus belles courses, les plus prestigieuses.
A 16 ans, j’avais déjà l’impression de travailler alors que j’étais en seconde. J’étais un peu décalé par rapport à mes camarades de classe. Je me sentais plus mature. »
Des enjeux financiers énormes
A l’âge des premières booms, l’adolescent s’entraîne d’arrache-pied et doit composer avec un agenda strict.
« Je n’avais pas le temps de m’amuser. J’étais déjà de plein pied dans le monde du travail, avec des contraintes professionnelles. Même si je n’étais pas payé, j’étais parfaitement conscient des enjeux financiers autour des courses. En fait, on comptait sur moi et je ne voulais pas décevoir. J’avais des horaires à respecter, des engagements sur des champs de courses, un poids à maintenir. »
Ainsi au fil des mois, puis des ans, le jeune cavalier trouve sa place dans le circuit amateur — la seule voie possible pour les sportifs mesurant plus d’1m55.
C’est le début d’une vie de sportif de haut niveau. Au menu : des régimes, de la sueur, des trophées, des voyages, des palaces… Mais pas d’argent, pas de salaire.
La suite dans l’épisode 2 ce samedi.




















