Épisode 3 – Face à ces difficultés pour concilier sport et travail rémunéré, la question revient souvent : pourquoi ne pas être passé jockey professionnel ? Éric répond sans hésiter : le poids. « J’ai suivi le cursus amateur en grande partie parce que je n’avais pas le poids requis pour intégrer une formation de jockey professionnel. Pour être pro, il fallait être vraiment tout petit et très très léger. (entre 47 et 55kg pour 1m55). C’était impossible pour moi. Malgré mes efforts, malgré mon hygiène de vie.
Le poids, c’est fondamental chez beaucoup de sportifs. C’est particulièrement vrai dans le milieu des courses hippiques. Même pour les amateurs. Une grande partie de mon entraînement était consacrée à mon régime alimentaire et la perte de poids. J’étais capable d’évaluer mon poids rien qu’en me regardant dans la glace, à l’épaisseur de mes joues et de mon cou, . C’est dingue quand j’y repense ! Les dix dernières années de ma carrière, je perdais entre trois et six kilos toutes les semaines. Que je reprenais. »
Trop lourd pour être pro
« Je ne recommanderais à personne ce type de régime. Premièrement parce qu’on perd bien souvent plus d’eau que de masse graisseuse. Et de deux, ce n’est pas quelque chose de pérenne. Il y a un effet yoyo. C’est d’ailleurs pour ça que les jockeys et les sportifs en général, prennent énormément de poids à ‘ leur retraite’ », conclut-il non sans malice.
Les années passant, la silhouette du champion s’est quelque peu épaissie, mais moins qu’il aurait pu le craindre en arrêtant de fumer.
L’autre raison pour laquelle je n’ai pas voulu devenir jockey professionnel
« Sans ces problèmes de poids, je me serais peut-être laissé tenter, poursuit-il. Mais c’était vraiment un gros souci. Et puis, j’ai trouvé mon équilibre. J’étais au top, je ne voulais pas remettre tout ce que j’avais acquis en question. »
Moins contraignant, le circuit amateur présentait un autre avantage aux yeux du sportif : la liberté. La possibilité de choisir ses courses, ses entraîneurs, ses chevaux, sans pression financière.
« J’ai monté les plus beaux chevaux, dans les plus beaux pays dans les meilleures conditions. Je ne pouvais pas rêver mieux. »
Eric s’épanouit d’autant mieux qu’il a enfin trouvé un emploi compatible avec sa vie de champion. « Le salariat ce n’était pas pour moi. Après des années d’expériences non concluantes, c’était devenu évident ».
« j’ai trouvé mon équilibre »
« Comme j’ai toujours vécu au milieu d’artisans : mon grand-père était maçon, mon oncle plombier… J’avais assez de contacts pour me lancer dans le bâtiment et me mettre à mon compte. Et même si je n’ai pas eu de formation académique, j’avais acquis des compétences qui m’ont servi quand j’ai crée mon entreprise de BTP à 26 ans. Comme la communication ou le réseautage par exemple. Je me suis rendu compte que j’avais développé ma capacité à nouer des contacts et mon sens commercial.
Devenir mon propre boss m’a surtout donné beaucoup de liberté. Je pouvais participer à tous les championnats, sans demander de permission, ni rendre de compte sur mon emploi du temps », insiste t-il.
Aussi à l’aise au milieu des cols blancs du très élitiste Jockey club que parmi les cols bleus sur les chantiers, Eric mènera de front ces deux carrières. Jusqu’en 2012. Cette année là, le jockey tire sa révérence sur une dernière victoire, le Prix Georges Courtois à Deauville. Même s’il est loin d’imaginer le séisme provoqué par ce retour ‘à la vraie vie’.




















